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FRANCE

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Madame Florence Parly,
     ministre des Armées

 


Eloge funèbre des cinq officiers disparus dans l’accident
du 2 février 2018



Le Luc-en-Provence, le 7 février 2018



– Seul le prononcé fait foi –

Monsieur le Préfet,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le chef d’état-major de l’armée de terre,
Messieurs les officiers généraux,
Officiers, sous-officiers, brigadiers chefs, brigadiers et soldats,
Mesdames et messieurs,

 


Vendredi 2 février. Dans la paisible fraîcheur de ce matin d’hiver, cinq de nos officiers, cinq de vos frères d’armes, de vos amis, de vos maris, de vos pères, partaient pour une séance d’instruction.

Ce vendredi 2 février, deux hélicoptères Gazelle de la base école Général Lejay ont décollé et quelques minutes plus tard la France perdait cinq de ses serviteurs les plus dévoués.



Colonel Stéphane Chaon
Chef de bataillon Patrick Vasselin
Chef de bataillon François Mille
Chef de bataillon Quentin Gibert
Chef de bataillon Sébastien Grève



Vos noms aujourd’hui résonnent comme autant de blessures.
De blessures pour vos frères d’armes de la base école Général Lejay comme du 4e régiment d'hélicoptères des forces spéciales.
De blessures pour vos familles, pour vos proches, pour tous ceux qui vous aimez et vous aiment encore.
De blessures, enfin, pour la France, qui perdait alors 5 de ses enfants, partis pour l’avoir servie.

Jeunes, vous avez tous fait le choix du métier des armes, le choix du service, le choix du courage.

Vous avez choisi l’Armée de terre, le frémissement de l’action, la chaleur de la fraternité d’armes.

Vous avez gravi les marches, surmonté les épreuves, connu les rigueurs de l’entraînement, affronté l’adversité en opération.  

Vous avez choisi l’ALAT, d’apprendre à maîtriser le ciel, à manier l’art subtil et exigeant du vol.

Vous vous êtes inscrits dans les pas glorieux de tant de vos aînés. Guerre du Golfe, Ex-Yougoslavie, Kosovo, République de Côte d’Ivoire, Afghanistan, République Centrafricaine, bande sahélo-saharienne… Indissociables de l’action des unités engagées au sol, les hélicoptères de l’armée de Terre sont de tous les combats, de tous les engagements, de toutes les missions au service de la France.   

Vous avez choisi d’apprendre et d’enseigner. Vous êtes partis lors d’un vol d’instruction. Quelle plus belle vocation ? Sur la base Général Lejay, le savoir se transmet, les hommes apprennent, partagent, échangent.

Ici, se forgent les destins des aéro-combattants, capables de s’emparer des airs et de s’affranchir des contraintes du terrain. Ici, les meilleurs instructeurs partagent leur expérience et forgent les savoirs et les caractères qui permettent à nos forces, et notamment au 4e régiment d’hélicoptères des forces spéciales, de s’imposer en opérations.

Ici, face à un ciel calme puis déchaîné, paisible puis impétueux, on apprend l’humilité, l’excellence, la rigueur.

Cinq officiers sont partis. Cinq officiers brillants, passionnés.

Vous tous, frères d’armes de la base école Général Lejay et du 4ème régiment d’hélicoptères des forces spéciales, vous partagiez avec eux une vie, une passion, un idéal. Jamais, les mots « frères d’armes » n’ont eu autant de sens. Face à la tragédie, n’ayez pas peur, exprimez votre peine, partagez vos souvenirs, mais faites front.

Faites front pour repartir à l’assaut des airs et transmettre l’excellence.

Faites front pour porter leur mémoire, aider leurs familles, faire vivre leur idéal. Vous ne les oublierez jamais et vous n’oublierez jamais le sens de leur engagement.

Cinq officiers sont partis. Cinq officiers qui, chacun, incarnaient une facette de nos armées.


 


Colonel Stéphane Chaon


Vos mots avaient un poids. Leur écho, votre culture, vos conseils demeurent, comme gravés dans les âmes et les mémoires de tous ceux qui ont eu la chance de croiser votre chemin.

Ce chemin a été celui de l’engagement pour la France, dès 19 ans, à l’école nationale des sous-officiers d’active de Saint-Maixent. Vous choisissez l’aviation légère de l’armée de Terre et rejoignez le 3e régiment d’hélicoptères de combat à Etain. Votre parcours est fait de succès brillants comme à l’école militaire interarmes de Coëtquidan, où vous vous classez troisième. Au 5e régiment d’hélicoptères de combat de Pau comme au sein du groupement aéromobilité de la STAT à Chabeuil, vous montrez habileté technique et stratégique. Surtout, vous cultivez ce goût et ce don pour la pédagogie.

Vous avez fait don de vous pour les autres. Vous devenez naturellement instructeur, vous rejoignez l’école franco-allemande du Cannet-des-Maures et, en 2013, la base école général Lejay. Depuis quelques mois, vous en étiez devenu le directeur adjoint à la division de la formation à l’aérocombat, juste reconnaissance votre engagement et de votre qualité.

L’engagement pour la France, c’est le dépassement de soi. Vous en avez été un modèle, un exemple. Vous incarniez ici la passion de l’enseignement, de la transmission, de l’écoute. Vous étiez exigeant pour vos élèves, rigoureux pour vous-même. Vous ne reculiez devant aucun effort. Jusque dans le sport, vous choisissiez le dépassement et c’est dans le trail et le triathlon que vous excelliez.

De nos armées, vous étiez le visage de l’humanité, tout entier tourné vers l’autre. Tourné vers ces associations à qui vous vous donniez sans compter. Tourné vers votre famille, votre épouse, votre fille à qui vous transmettiez le goût du partage et de l’exigence.

Colonel Stéphane Chaon, sait-on trouver les mots justes pour dire sa reconnaissance ? Chaque pilote que vous avez formé, chaque camarade que vous avez aidé, tous, aujourd’hui, vous entourent. Pour eux, pour la France, vous n’avez pas seulement été un chef, vous avez été cette inspiration : sincère, vigilante, réconfortante.


 


Chef de bataillon Patrick Vasselin
 

Précis et méticuleux, vous avez reconstitué avec vos figurines bon nombre de batailles. Mais des batailles, vous en avez tant menées, pour la France, pour votre famille, pour tous ceux que vous formiez.

A 19 ans, vous intégrez l’école national des sous-officiers de l’active de Saint-Maixent. Vous aimez l’aéronautique et vous choisissez alors la voie de l’excellence et de la passion. Devenu pilote d’hélicoptère, vous êtes affecté au 1er régiment d’hélicoptères de combat de Phalsbourg puis au 3e régiment d’hélicoptères de combat à Etain. Vous vous y illustrez comme un travailleur inlassable, un militaire sans peur, un pilote aguerri.

Un goût et un talent rares pour le commandement, vous amènent à rejoindre le corps des officiers. Au 6e régiment d’hélicoptères de combat de Compiègne, puis à nouveau au 1er régiment d’hélicoptères de combat de Phalsbourg, vous savez inspirer vos hommes et tirer le meilleur d’eux-mêmes. Au Kosovo, en Côte d’Ivoire, au Tchad vous réussissez vos missions, vous montrez votre valeur et vous savez transmettre aux plus jeunes votre talent. Vous fédérez vos hommes et vous leur montrez la voie vers le succès de nos armes.

Il y a bientôt 6 ans, vous retrouvez cette base école Général Lejay, que vous aviez si bien connue comme stagiaire. Ici encore, vous mettez toute votre expérience au service de la formation de nos pilotes. Avec vous, c’est aussi, un peu, un autre formateur que les élèves gagnaient. Napoléon, partout, vous accompagnait. Et par vous, ses souvenirs, ses anecdotes, ses citations, bruissaient dans les murs de cette école.

Votre force, votre inspiration, chacun sait quelle en était la source. C’était votre famille dont les portraits ornaient votre bureau, provoquaient vos sourires, nourrissaient votre énergie.

Chef de bataillon Patrick Vasselin, certains liens ne se briseront jamais. Ceux de l’amour, ceux tissés avec vos élèves, qui voyaient en vous un chef aguerri et inspirant.


 


Chef de bataillon François Mille


Votre rire, votre joie, votre enthousiasme semblent encore éveiller les murs de la base école Général Lejay. Personne ici n’oubliera « Milou », vos facéties, votre bonheur, ce supplément d’âme que vous donniez avec une authentique générosité.


Vous vous engagez, vous aussi, à Saint-Maixent et seule la passion guidera votre parcours. Vous rejoignez le 3e régiment d’hélicoptères de combat à Etain où vous montrerez aussi fin technicien que tacticien. En Côte d’Ivoire comme en Afghanistan, vous montrez votre habileté au combat, votre brio dans l’action. Dans toutes vos missions, face à des conditions hostiles et des ennemis prêts à tous les sévices, vous avez fait preuve de cette calme détermination qui a permis nos succès et fait honneur à notre drapeau.

Depuis près de six ans, vous aviez rejoint cette base-école. Vous y êtes devenu cet instructeur dynamique et talentueux, qui savait inspirer ses élèves et leur donner le goût d’apprendre.

Votre joie de vivre, si communicative, vous la tiriez aussi de votre épouse, de vos deux enfants. Il n’est pas une seconde où vous ne cherchiez à les faire rire, à les aider, à les aimer.

Vos enfants monteront à cette cabane que vous bâtissiez pour eux, ils se rapprocheront de vous, traverseront les nuages, riront avec vous, pleureront avec vous, vivront avec vous.  

Chef de bataillon François Mille, qui piègera demain les bureaux de la base école Général Lejay ? Personne ne remplacera votre fougue et votre joie, mais tous ici se souviendront que vous avez donné un sens et un visage au mot « amitié ».


 


Chef de bataillon Quentin Gibert


Votre joie de vivre, ce goût du rêve et de la nature ont fait de vous ce soldat vif, curieux, passionné.


Engagé en qualité de sous-officier à Saint-Maixent, vous trouvez votre vocation dans le service de la France. Vous vous distinguez par votre talent, votre intelligence, votre ingéniosité et vous sortez major de votre stage pilote ALAT. Dès votre première affectation au 1er régiment d’hélicoptères de combat, vous êtes un pilote particulièrement doué, rapidement aguerri, déterminant pour le succès de votre escadrille. Vous servez brillamment au Mali, à Djibouti et vous réussissez les tests si exigeants pour intégrer le 4e régiment d’hélicoptères des forces spéciales.

Fortement mobilisé, vous intervenez au Sahel, puis à nouveau à Djibouti. Vous êtes un pilote soldat décisif : déterminé, stoïque, volontaire. Vous êtes aussi un camarade essentiel : drôle, astucieux, fédérateur.

Désireux d’apprendre, de vous dépasser, vous aviez rejoint depuis quelques jours seulement la base école Général Lejay.

Gibbs. Tel était votre surnom chez vos frères d’armes du 4e RHFS. Je ne me risquerais pas à des comparaisons avec ce personnage de fiction. Je sais néanmoins que vous étiez comme lui brillant, attachant et bienveillant.

Au bar l’Escadrille, vos anecdotes manqueront tout comme manqueront ce sourire malicieux, ces conseils, cette bienveillance qui rassuraient vos camarades et vous étiez un peu de l’âme et de la joie de vivre de votre régiment.

Votre épouse accompagnait vos récits, vos aventures, vos pensées. Vous lui portiez cet amour franc, sincère, fait de rêves communs et d’une soif d’aventures partagées. Elle faisait partie de votre vie et de vos histoires, elle faisait donc partie de votre régiment où je sais qu’elle trouvera refuge et affection.

Chef de bataillon Quentin Gibert, vous étiez un homme accompli : aimant, fin, aventureux. Vous laissez dans le cœur de votre famille, de vos camarades, de tous ceux qui vous ont côtoyés un vide et pour la France, un manque.


 


Chef de bataillon Sébastien Grève


L’énergie, l’honnêteté, la générosité, voilà des valeurs que nos armées représentent. Des valeurs que vous avez incarnées tout au long de votre vie.

Engagé en 2009, vous intégrez le 4e bataillon de l’école spéciale militaire à Saint-Cyr Coëtquidan. Très tôt, votre parcours est celui d’un soldat mature, exemplaire, volontaire. Vous vous distinguez en école d’application à Dax et, président de stage, vous vous engagez sans compter pour les autres. Affecté au 1er régiment d’hélicoptères de combat, vous mettez votre passion du vol au service de l’aérocombat, de l’identification, du renseignement. Vous y avez quelques talents qui vous permettent d’obtenir la qualification d’officier renseignement en finissant major de votre stage.

Vous vous illustrez par votre intelligence comme par votre courage, dans le quotidien de l’escadrille comme en opérations. Votre conduite et votre action exemplaires sous le feu ennemi, vous vaudront, lors de l’opération Sangaris, d’être cité à l’ordre du régiment. En 2016, vous réussissez les tests de sélections pour rejoindre le 4e régiment d’hélicoptères des forces spéciales. Vous aussi, vous n’aviez rejoint la base école Général Lejay que depuis quelques jours.

Par votre grande droiture, vous avez été un modèle pour vos camarades. Vous le resterez. Vous leur avez montré le sens de l’exigence, la pertinence de l’effort, le goût du courage. Vous aviez cet humour piquant et cette douce bienveillance, qui faisaient de vous un camarade aimé.

Je pense à votre famille, à vos enfants. Partout, vous avez laissé le souvenir d’une famille rayonnante, parce que profondément soudée, liée, unie.

Chef de bataillon Sébastien Grève, demain, dans la chorale de la paroisse de Lescar en Béarn, votre voix ne résonnera plus, mais son écho, lui, sera toujours aussi vif pour vos frères d’armes, pour vos proches, pour vos familles.


 

Colonel Stéphane Chaon
Chef de bataillon Patrick Vasselin
Chef de bataillon François Mille
Chef de bataillon Quentin Gibert
Chef de bataillon Sébastien Grève


Vos noms rejoignent ceux de tous vos camarades morts en service ou en opérations. Vous avez donné votre vie pour servir la France, elle ne l’oubliera pas.

Je veux dire à vos familles, réunies dans la douleur que la République ne les abandonnera pas. Vos pères, vos maris, vos fils avaient des frères d’armes qui vous entoureront, qui vous accompagneront. Toutes nos armées seront là pour vous, pour vous aider à traverser la peine et reconstruire la vie.

En ce jour, toute la Nation vous manifeste sa reconnaissance, elle sera toujours là demain et les jours d’après pour vous accompagner, vous aider, vous épauler.  

J’aimerais enfin m’adresser aux plus jeunes d’entre vous. Pourquoi ? Pourquoi ce départ ? Pourquoi cet engagement ? Ces questions, vous vous les posez sans doute. Qui ne se les poserait pas, en apprenant que Papa ne rentrera pas ce soir.

Quand le doute se fera trop grand, l’absence trop pesante, la douleur trop forte. Souvenez-vous de ce qui les a animés, fait vibrer et rendus fiers. Ils sont morts en servant leur pays, parce qu’ils se sont donnés, corps et âme, à une cause plus grande qu’eux. Ils ont vécu et ils sont partis car ils ont jugé que l’on pouvait mourir pour la France, pour la Liberté.

Alors, les yeux rivés vers ce ciel que vos pères ont tant de fois dompté, pensez à eux, soyez fiers, inspirez-vous de leur courage.

Et gardez à l’esprit, ce qui était sans doute leur espoir le plus cher : celui que vous puissiez, comme eux, vivre vos rêves et les vivre libres.